Contre- Nature

Dans cette série, je n’envisage pas la forêt comme un refuge, mais comme un plateau de tournage imposé par mon objectif. Inspirée par l’esthétique mélancolique de Julien Gérardin, j’ai choisi de placer ma fille au cœur d’une nature qui nous est, à toutes deux, étrangère. Ce parti pris crée une tension qui m’interpelle : celle d’un corps qui habite l’espace sans jamais s’y abandonner.

À travers mon regard, ses parures urbaines et sophistiquées créent une rupture nette avec la verticalité brute des arbres et la rudesse du sol. C’est précisément dans cette distance, ce sentiment de ne pas être « à sa place » de ne pas être au monde, que je puise l’essence de mon travail. Plutôt que de chercher une harmonie impossible, je capture l’inconfort comme une forme d’élégance.

Mon regard maternel saisit ici son exil intérieur ; le paysage devient alors une abstraction, une toile de fond dramatique qui souligne sa réserve. Entre complicité et mise à l’épreuve, je raconte l’histoire d’une identité en construction : celle d’une jeune femme traversant le décor sauvage avec la grâce distante de celle qui n’appartient qu’à son propre monde.